J'ai découvert Flowers for Algernon (Des Fleurs pour Algernon en français) complètement par hasard en tombant sur cette image sur le site (suberbement nommé) Hey Oscar Wilde! It's Clobberin' Time!!!. La petite souris sur le dessin m'a intriguée, j'ai suivi un lien vers la page Wikipedia. Un bouquin de science-fiction, récompensé, pas mal adapté, et visiblement bien apprécié ? Pas la peine de chercher plus loin, j'achète !
Quelques mois plus tard, et après deux lectures, je ne regrette pas du tout de m'être laissée tenter. Laisses-moi vous expliquer pourquoi...
Tout d'abord il faut que je vous expliquer qu'Algernon n'est pas le héros de de ce livre. Non, le héros c'est Charlie, 32 ans, qui a un petit job dans une boulangerie, et qui apprend à lire et à écrire en suivant des cours pour adultes attardés. Il a un QI de 68, mais beaucoup de motivation, et c'est pour cette raison que son professeur, Miss Kinnian, propose à un groupe de scientifiques cherchant un premier sujet humain pour une procédure chirurgicale qu'ils développent de le choisir. Cette procédure, c'est celle qu'a déjà subi Algernon (on y revient), une souris blanche de leur laboratoire dont l'intelligence a au moins triplé par la suite. Charlie, heureux d'avoir enfin la possibilité de devenir intelligent et comme les autres, accepte sans hésiter.
C'est Charlie lui-même qui nous explique tout cela, à travers le journal que les scientifiques lui ont demandé de tenir pour pouvoir suivre sa progression. Cette forme est ici particulièrement bien choisie. En effet si les sentiments de Charlie (qui ont une place très importante dans le roman) aurait très bien pu être exprimés dans une narration plus classique, la forme du journal intime nous permet, au-delà du contenu du récit, d'assister à l'évolution de Charlie à travers sa maîtrise grandissante de l'orthographe et de la grammaire, ainsi que dans les changements de style de son écriture.
Cette forme colle aussi avec l'un des thèmes principaux du roman : la solitude. Ce que nous lisons, il le consigne après une ou plusieurs journées, lorsqu'il est seul et qu'il peut repenser à tout ce qui s'est produit. Nous voyons toutes ses interactions humaines à travers son regard d'homme isolé, par sa bêtise ou par son intelligence, de la même manière qu'il revoit de nombreuses scènes de son passé à travers l’œil d'un Charlie enfant, mais d'un point de vue totalement changé, détaché. Le Charlie du passé n'est plus "moi", mais "lui", une entité totalement distincte qui revient le hanter jusque dans le présent.
Ces souvenirs qui reviennent les hanter et cette évolution intellectuelle aussi soudaine que fulgurante s'accompagnent d'une évolution émotionnelle beaucoup plus lente et laborieuse. S'il est facile d'apprendre l'histoire ou les mathématiques dans les ouvrages que recèle la bibliothèque de l'université, Charlie est totalement perdu face à des codes sociaux et des sentiments avec lesquels il n'a pas pu grandir puisqu'il était dans l'impossibilité des les comprendre. Encore une cause de solitude, mais pas seulement : Charlie ressent aussi beaucoup de frustration en se rendant compte que même en étant intelligent, il n'est pas automatiquement "normal". Et malgré sa volonté d'évoluer à ce niveau-là aussi, il se rend vite compte qu'il s'agit d'un processus lent et chaotique qui n'a rien à voir avec ses progrès fulgurants dans d'autres domaines.
Je n'en dirai pas plus ici pour ne gâcher la lecture de personne (attention d'ailleurs si vous suivez les liens, il me semble que Wikipedia en dit plus (et trop !)), mais c'est une lecture que je vous conseille à nouveau, et chaudement ! Il s'agit sûrement d'un des meilleurs romans de science-fiction que j'ai lu (et j'en ai pas mal au compteur), pile dans la tendance soft/anticipation que j'aime beaucoup (oui, c'est toi que je regarde, Margaret Atwood !). Par contre, c'est pas vraiment un roman joyeux, plein de petits oiseaux qui chantent et tout ça hein, donc ne vous étonnez pas si vous en sortez avec un vague sentiment de mélancolie.
Flowers for AlgernonDaniel Keyes
1966
Encore des p’tits djeuns ! Mais des anglais cette fois, on va laisser les States un peu derrière nous pour revenir à Albion (on revient toujours à Albion, mais ça c’est une autre histoire). Encore une découverte récente, puisque le premier album des Late of the Pier, Fantasy Black Channel, est sorti fin août dernier.
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