Des souris et des fleurs

Par Blue | vendredi 5/08/2011 | 04:43

J'ai découvert Flowers for Algernon (Des Fleurs pour Algernon en français) complètement par hasard en tombant sur cette image sur le site (suberbement nommé) Hey Oscar Wilde! It's Clobberin' Time!!!. La petite souris sur le dessin m'a intriguée, j'ai suivi un lien vers la page Wikipedia. Un bouquin de science-fiction, récompensé, pas mal adapté, et visiblement bien apprécié ? Pas la peine de chercher plus loin, j'achète !

Quelques mois plus tard, et après deux lectures, je ne regrette pas du tout de m'être laissée tenter. Laisses-moi vous expliquer pourquoi...


Tout d'abord il faut que je vous expliquer qu'Algernon n'est pas le héros de de ce livre. Non, le héros c'est Charlie, 32 ans, qui a un petit job dans une boulangerie, et qui apprend à lire et à écrire en suivant des cours pour adultes attardés. Il a un QI de 68, mais beaucoup de motivation, et c'est pour cette raison que son professeur, Miss Kinnian, propose à un groupe de scientifiques cherchant un premier sujet humain pour une procédure chirurgicale qu'ils développent de le choisir. Cette procédure, c'est celle qu'a déjà subi Algernon (on y revient), une souris blanche de leur laboratoire dont l'intelligence a au moins triplé par la suite. Charlie, heureux d'avoir enfin la possibilité de devenir intelligent et comme les autres, accepte sans hésiter.

C'est Charlie lui-même qui nous explique tout cela, à travers le journal que les scientifiques lui ont demandé de tenir pour pouvoir suivre sa progression. Cette forme est ici particulièrement bien choisie. En effet si les sentiments de Charlie (qui ont une place très importante dans le roman) aurait très bien pu être exprimés dans une narration plus classique, la forme du journal intime nous permet, au-delà du contenu du récit, d'assister à l'évolution de Charlie à travers sa maîtrise grandissante de l'orthographe et de la grammaire, ainsi que dans les changements de style de son écriture.

Cette forme colle aussi avec l'un des thèmes principaux du roman : la solitude. Ce que nous lisons, il le consigne après une ou plusieurs journées, lorsqu'il est seul et qu'il peut repenser à tout ce qui s'est produit. Nous voyons toutes ses interactions humaines à travers son regard d'homme isolé, par sa bêtise ou par son intelligence, de la même manière qu'il revoit de nombreuses scènes de son passé à travers l’œil d'un Charlie enfant, mais d'un point de vue totalement changé, détaché. Le Charlie du passé n'est plus "moi", mais "lui", une entité totalement distincte qui revient le hanter jusque dans le présent.

Ces souvenirs qui reviennent les hanter et cette évolution intellectuelle aussi soudaine que fulgurante s'accompagnent d'une évolution émotionnelle beaucoup plus lente et laborieuse. S'il est facile d'apprendre l'histoire ou les mathématiques dans les ouvrages que recèle la bibliothèque de l'université, Charlie est totalement perdu face à des codes sociaux et des sentiments avec lesquels il n'a pas pu grandir puisqu'il était dans l'impossibilité des les comprendre. Encore une cause de solitude, mais pas seulement : Charlie ressent aussi beaucoup de frustration en se rendant compte que même en étant intelligent, il n'est pas automatiquement "normal". Et malgré sa volonté d'évoluer à ce niveau-là aussi, il se rend vite compte qu'il s'agit d'un processus lent et chaotique qui n'a rien à voir avec ses progrès fulgurants dans d'autres domaines.


Je n'en dirai pas plus ici pour ne gâcher la lecture de personne (attention d'ailleurs si vous suivez les liens, il me semble que Wikipedia en dit plus (et trop !)), mais c'est une lecture que je vous conseille à nouveau, et chaudement ! Il s'agit sûrement d'un des meilleurs romans de science-fiction que j'ai lu (et j'en ai pas mal au compteur), pile dans la tendance soft/anticipation que j'aime beaucoup (oui, c'est toi que je regarde, Margaret Atwood !). Par contre, c'est pas vraiment un roman joyeux, plein de petits oiseaux qui chantent et tout ça hein, donc ne vous étonnez pas si vous en sortez avec un vague sentiment de mélancolie.



Flowers for AlgernonFlowers for Algernon
Daniel Keyes
1966

The bears are coming

Par Blue | dimanche 15/02/2009 | 02:36

Fantasy Black ChannelEncore des p’tits djeuns ! Mais des anglais cette fois, on va laisser les States un peu derrière nous pour revenir à Albion (on revient toujours à Albion, mais ça c’est une autre histoire). Encore une découverte récente, puisque le premier album des Late of the Pier, Fantasy Black Channel, est sorti fin août dernier.


La première écoute est un peu déconcertante, mais pas désagréable du tout. On commence avec une intro certes un peu étrange, genre voyage épique dans l’espace façon hallucinations de 2001 l’Odyssée de l’Espace, mais rien dont d’autre groupes qu’on connait mieux, genre Muse par exemple, n’aurait été capable. Donc jusque là, ça va, surtout qu’on enchaîne assez rapidement sur une deuxième piste rock bien rythmée avec une petite mélodie bien sympa qui donne envie de sauter partout et qui colle tout à fait avec ce qu’on pourrait attendre d’un groupe indie britannique.


Et là, c’est le drame. Enfin le drame, c’est un bien grand mot, disons plutôt la surprise. La fin du morceau part dans un délire électronique totalement inattendu. On se demande un instant si ce n’est pas le CD qui saute ou le lecteur mp3 qui donne de sérieux signes de faiblesse, et on a tout juste le temps de se ressaisir que le morceau suivant commence. Et là retour vers le futur, enfin non, plutôt vers le passé, et on se prend un grand coup de new wave dans les dents. Ben les amis, ça fait du bien. Non parce qu’on peu dire ce qu’on veut sur la new wave, c’est vrai qu’il y a eu quelques bonnes bouses hein, mais il y a aussi du bon, et du très bon, et c’est chouette de voir que les p’tits nouveaux de la pop anglaise savent aller y chercher des sons sympas.


Bon, je vais pas vous passer en revue tout l’album morceau par morceau (quoi que j’aime particulièrement le quatrième, d’où le titre de ce billet), de toute façon on a à peu près tout maintenant : une bonne dose d’expérimentation (à entendre certains trucs, on se dit qu’ils ont bien dû s’amuser à composer leurs morceaux (les p’tits veinards)), des inspirations 80s, mais aussi actuelles, avec ce qui se fait de bien en rock brit’ depuis quelques temps, et des sons électros qui ne sont pas sans rappeler des groupes comme LCD Soundsystem.

Verdict de Blue : c’est bon, mangez-en.


Who gives a fuck about an Oxford comma?

Par Blue | samedi 31/01/2009 | 16:45
Vampire WeekendStereogum nous annonçait en avril 2007 que c’était un groupe à suivre, et ils ne se trompaient pas. Les Vampire Weekend – et leur album éponyme, sorti en janvier 2008 – font partie des très bonnes surprises musicales de l’année qui vient de s’écouler. Et pourtant sur le papier, c’était pas forcément si bien parti que ça : un groupe de p’tits jeunes américains qui font du rock rythmé, joyeux et sans prise de tête… ça fait quand même pas mal d’année que la scène punk-rock californienne comble les attentes à ce niveau-là, on ne voyait pas très bien ce que ce nouveau groupe new-yorkais pourrait apporter de plus.

Et pourtant ils apportent beaucoup : des rythmes et des mélodies d’inspiration africaine, des percussions à qui on donne une vraie place d’instrument, et pas simplement de boîte à rythme, un paquet d’instruments et d’influences pour le moins inhabituels, et une impression de légèreté et de facilité déconcertante. Et au final on se retrouve avec un pop-rock à la fois simple et novateur, agréable à écouter, et bien rythmé. On pourrait facilement s’imaginer allongé sur la plage avec une bande de potes, un après-midi à Coney Island (ou à Cape Cod, comme dans les chansons du groupe).